L'agent de police
Carolina Descosta faisait sa ronde en véhicule lorsqu'elle aperçut
quelque chose d'anormal : un homme d'une vingtaine d'années qui
courait dans les rues, renversant des couples qui marchaient le long
de la vitrine des magasins. Mais ce n'est pas ce qui la frappa le
plus : il était seul, personne ne l'accompagnait. Elle se
tourna vers son mari et équipier et lui fit remarquer sa découverte.
_Etrange... murmura-t-il.
_Tu penses qu'on devrait
le signaler ?
_On va le suivre, il va
peut-être rejoindre sa moitié... répondit Francis Descosta.
Carolina acquiesça puis
démarra le véhicule et commença à suivre l'homme seul. Ce n'était
pas très difficile, lorsque toute la population est formée par
paire de retrouver une « âme solitaire ». L'individu
tourna à l'angle d'un restaurant et s'enfonça dans une rue
piétonne.
-On se gare et on le suit
à pieds, grommela Francis qui n'avait pas l'air enchanté de quitter
la voiture chauffée pour se retrouver dans le froid hivernal.
La rue était tout
bonnement bondée. Les couples se promenaient insouciants, formant
des bancs humains déambulant en deux sens.
_Comment on le retrouve
maintenant ? pesta la policière.
Son mari lui fit signe de
regarder en face à leur gauche. Le jeune homme était assis sur un
muret de pierre, tentant apparemment de retrouver son souffle.
_Pas normal... fit
remarquer Francis
_Oui, il ne devrait pas
se soucier de sa fatigue s'il va retrouver son aimée.
Son mari hocha la tête
en signe d'approbation et lui désigna le jeune homme de la tête
comme il le faisait toujours pour lui faire comprendre qu'ils
allaient lui parler. Ils s'approchèrent doucement et lorsqu'ils
furent à son niveau, le policier le héla. L'individu suspect leva
la tête et sembla tout à coup horrifié avant de prendre la fuite.
_Merde ! Appelle des
renforts, je crois qu'on en a un !
_Oui !
Elle attrapa la radio
qui pendait sur son épaule gauche et appela le central, tandis que
son mari commençait à courir à la suite du fugitif. Carolina
commença alors à sentir l'étourdissement caractéristique qui
l'avertissait qu'elle et son mari étaient trop éloignés l'un de
l'autre, et s'élança elle aussi à la poursuite de l'homme
solitaire. Poussée par le besoin de revoir celui qu'elle aime, elle
ne mit que quelques secondes à le rattraper. Elle vit que Francis
avait apparemment du mal à la suivre et lui cria : Reste ici !
Je m'occupe de l'arrêter, repose-toi et attend les renforts !
Son coéquipier ne se fit
pas prier mais lui demanda tout de même de faire attention à elle.
Oh, il était si adorable !
Elle rattrapa assez
aisément le fugitif qui commençait à fatiguer et le coinça dans
une impasse. Comprenant qu'il était pris au piège, ce dernier tomba
par terre et attendit que la gardienne de la paix le rejoigne.
_ Pourquoi vous me
poursuivez ? demanda-t-il, haletant.
_ Pourquoi vous êtes
vous enfui ?
Il ricana et répondit :
_Quand deux flics viennent vers vous avec cet air-là, c'est jamais
bon signe...
_ Vous êtes seul ?
Il la regarda d'un air
mi-apeuré mi-abattu.
_ Oui.
_ Vous n'avez pas de
femme ?
_Non. Je vous en prie,
laissez-moi partir...
_Pour quelle raison
n'avez-vous pas de femme ? Continua-t-elle toujours sur le même
ton.
_Je n'en ai pas fait la
demande à la préfecture et...
Carolina commença
lentement à bouger sa main vers l'étui de son revolver. Il semblait
bien être un...
_Vous n'avez pas fait de
demande ?
_Non, mais
s'il-vous-plaît, je...
_Vous ne voulez pas faire
de demande... Vous prenez vos injections au moins ?
Le jeune homme avait le
front perlé de sueur et haletait toujours, mais ce n'était plus dû
à la course poursuite.
_Je... pitié...
supplia-t-il.
Elle dégaina son
revolver et le pointa vers la tête de l'anarchiste.
_Et vous pensiez qu'on ne
vous retrouverez pas ? Votre nom, âge, numéro citoyen. Tout de
suite. Ordonna-t-elle. J'ai dit tout de suite.
Elle criait à présent.
Elle aurait dû vérifier qu'il n'était pas armé et également dû
prévenir ses collègues de sa position.
Vous vous rendez compte,
j'espère, reprit-elle, que vous êtes en pleine infraction et
démonstration d'anarchie et d'acte de rébellion. Notre société
est parfaitement organisée et les crimes réduits parce que nous
avons développé l'amour d'autrui et que...
_Nous n'avons pas
développé l'amour d'autrui, nous obligeons les gens à s'enchaîner
les uns aux autres, il n'y a plus de liberté ! Tout est
factice ! Vous le sauriez aussi si vous ne vous faisiez plus
d'injections ! Vous savez ce qu'elles contiennent ? Des
phéromones positives, de la phényléthylamine, des endorphines et
une drogue qui anesthésie les zones de votre cerveau qui vous
servent à penser par vous-même et à émettre un jugement ! On
nous manipule dans cette société si « parfaite »...
C'était la première
fois que Carolina Descosta rencontrait un anarchiste mais on lui
avait maintes et maintes fois répété les discours mensongers
qu'ils employaient pour convaincre et rallier à leur cause quiconque
les écoutait. Aussi, elle se contenta d'enlever le cran de sûreté
de son arme et commença à lire les chefs d'accusation retenus
contre lui.
Le jeune commençait
visiblement à paniquer et la prit complètement au dépourvu
lorsqu'il se jeta sur elle, la renversant et s'enfuit de nouveau à
toute allure.
La policière courut
jusqu'à l'endroit où son mari était resté et tous deux se ruèrent
vers leur véhicule de patrouille où elle se saisit de la radio et
lança un appel sur toutes les fréquences de la police :
« Appel à toutes les unités, l'homme que nous recherchons est
de type caucasien, environ 1m80, cheveux et yeux noirs. Il est seul.
C'est un individu dangereux : Anarchiste confirmé. Tirez à
vue, je répète : Tirez à vue. »
J'espère que ça vous aura plu, en tous cas, je vous souhaite une excellente soirée !!
Ciao les gens et à bientôt !
J'adore vraiment ta nouvelle!
RépondreSupprimerLullaby
Merci beaucoup, Lull' ! :3
SupprimerC'est trop topissime!
RépondreSupprimerQuand je pense que j'avais écrit Les aventures de Dicky le lapin...